Bienvenue dans mon univers où jeux vidéo, chats, créativité et chaos TDAH se croisent ! Je suis Myzra, passionnée de tricot, de lectures et d'écriture spontanée. Ici, je partage mes défis, mes projets et mon quotidien avec humour et bienveillance.
Je ne sais pas vous, mais il m’arrive parfois d’ouvrir un livre sans trop savoir où il va me mener. C’est exactement ce qui m’est arrivé avec la bande dessinée Louise Weiss de Marie Moinard (scénario) et M. Tumelaire (dessin), publiée chez Hachette en 2020. 125 pages d’un voyage dans le temps, un peu comme si un tableau s’animait sous mes yeux, laissant défiler des bulles de vie d’une femme dont je n’avais qu’entendu vaguement le nom.
Louise Weiss, née en 1893 à Arras et morte en 1983 à Paris, est tout sauf une figure anecdotique. Journaliste, femme de lettres, féministe et femme politique, elle fut notamment la doyenne des députés au Parlement européen entre 1979 et 1983. Mais derrière ce CV impressionnant, c’est surtout une femme de conviction qui a déplacé des montagnes pour que les femmes soient enfin reconnues comme des citoyennes à part entière.
Dès les premières pages, je me suis laissée happer. On saute dans le passé, le 26 avril 1914. Je ne sais pas pourquoi, mais une pensée m’a traversé l’esprit : que faisaient mes arrière-grands-mères Yvonne et Juliette en 1914 ? Être une jeune fille à cette époque devait être un véritable calvaire. Une phrase m’a frappée :
« Mon père n’est pas au courant non plus que je prépare l’agrégation. Je travaille en douce, il m’a déjà difficilement félicitée pour mon prix au lycée… »
C’est dit sans pathos, mais ça claque comme un coup de couteau dans le quotidien des femmes de l’époque. Les bulles assassinent littéralement les certitudes patriarcales : « J’aurais préféré que ton frère soit reçu à Polytechnique » ou encore « Puisque c’est ainsi, tu iras à l’école ménagère, parfaire ton allemand et ton rôle futur : maîtresse de maison. »
Et pourtant, Louise Weiss persiste. Elle obtient l’agrégation de lettres – l’une des premières femmes en France à y parvenir. La guerre éclate. Elle devient infirmière, puis travaille dans une maison d’édition où, pour être acceptée, elle signe sous le nom masculin de Louis Lefranc. Plus tard, elle fondera un journal pacifiste, L’Europe nouvelle, et croisera sur son chemin des figures comme Aristide Briand, Léon Blum ou Milan Stefanik.
La BD rend tout cela incroyablement proche, presque intime. On ne lit pas seulement un destin, on le vit de l’intérieur. Il y a même cette touche poétique, quand Louise cite Verlaine : « Il pleure dans mon cœur… » — des vers que je suis certaine d’avoir appris un jour, mais que ma mémoire a effacés. Comme un écho lointain qui nous rappelle que les combats d’hier résonnent encore aujourd’hui.
Ce qui m’a le plus marquée, c’est cette obstination, cette conviction inébranlable. Louise Weiss n’a jamais cessé de se battre pour le droit de vote des femmes, un combat sans cesse rejeté au Sénat. Et finalement, la vie lui a offert un clin d’œil magnifique : devenir doyenne du Parlement européen en 1979, là où sa voix et son histoire résonnaient comme un rappel.
Fermer la BD, c’est un peu comme refermer un album de famille, sauf qu’il s’agit d’une famille collective, notre histoire commune. On en sort grandi, ému, et un peu plus conscient que rien n’est jamais acquis.